13.05.2010

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INFO PIERRE GUELFF

 

Mes livres, mes chroniques, ceux et celles des autres…

 

http://infopierreguelff.skynetblogs.be

 

28.06.2009

Bienvenue

 

Bienvenue et merci de votre visite !

Dernière mise à jour, le samedi 13 février 2010 : "L'Escholier de Dieu" (roman historique) de Mika Waltari.

 

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Le présent blog est un coup de coeur, une sorte de jardin secret, que je désire vous partager : celui de ma passion pour les romans historiques et de "Terroir".

Les romans historiques ont pour toile de fond l'Histoire, et ils mêlent des personnages et événements, réels ou fictifs.

Les écrivains de romans historiques - à ne pas confondre avec des historiens - ne remettent pas en cause l'Histoire, ils la réécrivent à leur façon.

Le "terroir" ? Il s'agit de nos racines, de nos régions, de nos traditions, parfois ancestrales, de métiers et us et coutumes d'autrefois.

Les écrivains de "Terroir" oeuvrent comme des "transmetteurs" de certaines valeurs.

Je vous remercie de partager cette passion littéraire !

 

                                 Pierre Guelff, journaliste, écrivain, chroniqueur radio et TV.

 

VIDEO de mon émission "Spéciale Belgique et France Mystérieuses" (RTBF et TV5 Monde)

http://www.rtbf.be/laune/revoir/detail_teletourisme-hebdo?uid=37944012668&sms_ss=email

 

Mes écrits du genre

Deux prix littéraires pour un ancien ouvrier d’usine…

 

    L’impératrice et l’enlumineur

 

                      

Prix « Arts et Lettres de France » et de la « Ville de Rouen » 2008

 

« Polar historique de l’année » selon le magazine « Femmes d’Aujourd’hui »

 

L’histoire :

 

dyn007_small150_336_448_jpeg_2527901_7b4e323a6d0445fddfd0797bfed1b92bQuel lien peut-il y avoir entre Adélaïde de Bourgogne, impératrice du Saint Empire au Xe siècle, qui sera canonisée par le pape Urbain II, et Ghislain Pierre de Stavelot, enlumineur et citoyen du petit peuple ardennais ?

 

Quelle est la clef de cette intrigue historique ? Quel est ce message impérial reçu en secret par Ghislain Pierre et qui le trouble tant ?

 

Moine lubrique, belle-fille byzantine assassine, femme envoûtante, mystères, intrigues et manigances sont les éléments passionnants de ce roman en forme de saga qui se déroule principalement dans la Bourgogne, l’Ardenne et l’Alsace médiévales et  sur le mythique Chemin de Compostelle.

 

Partez à la découverte des terres du Saint Empire, de celles de France et de cette période troublée qui précéda l’an 1000.

 

Laissez-vous gagner par l’esprit du temps et envoûter par celui d’Adélaïde, dont l’auteur est l’un des derniers descendants !

 

L’auteur :

 

Lu dans « Coulisses », revue littéraire :

 

 « Pierre Guelff est un journaliste connu. Mais il n’est pas uniquement journaliste. C’est un authentique et original écrivain, s’intéressant surtout à l’histoire, aux symboles, au Sacré. Ses récits ne sont pas seulement tirés de savantes compilations d’archives. Il s’attache aux faits peu connus ou ignorés du profane, qu’il pare d’une aura de légende.

Il nous expliqua sa manière de préparer ses écrits : par des voyages, des visites aux endroits curieux ou sacrés, de menus faits ou recherches : des tableaux, un vitrail l’amenant à certaines investigations.

Une passionnante découverte, pour nous, de la manière dont une œuvre s’élabore dans le cœur et l’esprit de son auteur. »

 

Lu dans le répertoire de l’Association des écrivains belges de langue française :

 

Après des études techniques, Pierre Guelff travaille comme technicien dans l’industrie puis comme coopérant en Algérie. Ensuite, nouvelles études : régent technique et journalisme. Il devient enseignant puis membre de la direction d’une école de la Ville de Bruxelles.

A 45 ans, il réoriente sa carrière et devient journaliste professionnel. De 1991 à 2006, il est chroniqueur judiciaire et journaliste d’investigation. Depuis 2007, il est écrivain à part entière (thèmes : spiritualité, franc-maçonnerie, lieux sacrés, initiation...) et chroniqueur à l’émission « Télétourisme » (RTBF-TV et TV5 Monde), à VivaCité (radio) et à Fréquence Terre (webradio française)

 

De moi à vous...

 

Et pour suivre...

 

La première tentation du moine

 

Mes images Livre Bourgogne.jpg blogDans la lignée de « L’Impératrice et l’Enlumineur », j'écris une nouvelle saga moyenâgeuse (XIe siècle) avec une intrigue hallucinante dans un cadre historique authentique.

 

Pourquoi cet ultime voyage d’Ardenne à Paris de Ghislain Pierre, Maître enlumineur et auteur ? Quel est ce secret que lui confie Robert le Pieux, roi de France, lors d’une rencontre à Saint-Germain-des-Prés ? Quel lien  mystérieux unit ces deux hommes ?

 

Pourquoi Ghislain Pierre est-il accompagné de sa petite-fille,  la belle et envoûtante Mathilde ? Quel est le dessein de l’abbé de l’Abbaye de Stavelot qui leur impose la présence d’un jeune et charmant moine ? A quel tournant tragique vont-ils assister à Liège ?

 

Et puis, quels sont ces messages délivrés par de nombreuses guérisseuses et supposées sorcières rencontrées sur leur route ? Des propos farfelus ? Des prémonitions ? L’annonce d’une terrifiante vengeance ?

 

Je compte terminer ce deuxième roman historique à la fin de l'été 2009...

Des extraits, des commentaires...

 

Quelques commentaires  

 

« Il y a des livres qui marquent et qu’on n’oublie pas. Le vôtre est de ceux-là. » (Gabrielle C., correctrice)

 

« Une plume alerte permet de parcourir agréablement ce livre dont la multitude des sujets abordés est une véritable épopée. Cet ouvrage est enthousiasmant, éblouissant. Il ne se lit pas, il se relit et se savoure. C’est, pour moi, une révélation. On sent que l’auteur possède la façon de présenter un tel sujet, grâce à une grande expérience qui justifie sa réputation. » (Robert T., historien)

 

« On apprécie beaucoup la richesse des informations historiques et autres… C’est un travail de recherche considérable et on admire l’ampleur de ce travail ! » (Magazine « Les Carnets Secrets » - France)

 

« Le ton est sans ambiguïté, pas de langue de bois ! Ce roman est très vivant et plein de fraîcheur. Il reflète une qualité des recherches opérées par l’auteur et l’immensité de ses connaissances. Le roman se dévore grâce à une écriture lucide et audacieuse. C’est un cheminement vers l’espoir au sein d’un vaste champ de batailles qui révèle des personnages courageux, authentiques. Très richement documenté, le roman se dévore grâce à une écriture lucide et audacieuse. C’est un cheminement vers l’espoir au sein d’un vaste champ de batailles qui révèle des personnages courageux, authentiques. Pierre Guelff est un initié qui n’a pas sa langue dans la poche ! La qualité des recherches, l’immensité des connaissances, le ton sans ambiguïtés…, cela donne un roman très vivant et plein de fraîcheur.»

(« L’Alsace », quotidien - France)

 

 

« Quelle lecture passionnante ! » (« Les Coulisses », revue littéraire – France)

 

« L’Impératrice et l’Enlumineur » de Pierre Guelff aux Editions Jourdan, est notre « livre du jour » ! » (« Bel-RTL »)

 

« Ouvrage de fiction historique très documenté, sans être pesant, qui nous invite à (re)découvrir l’histoire et ses coulisses au cours de ce siècle qui précéda l’an mil. » (weblog de la Franc-Maçonnerie)

 

« Une manière d’écrire extrêmement visuelle et une mention pour le rendu des émotions à fleur de page. Un roman qui émeut. De la belle ouvrage ! » (Facebook)

 

« Dans la plus pure tradition du roman historique, une saga passionnante ! »

(creARTure)

 

« Ce livre s’est déjà beaucoup vendu car l’histoire d’Adélaïde de Bourgogne doit toucher les lecteurs de notre région. » (Commission des auteurs des Fêtes du Livre d’Autun-Bourgogne)

 

«Beaucoup de romans se disent historiques mais aucun jusqu’ici n’avait mérité aussi bien cette appellation d’origine contrôlée de « roman historique ». Entre ceux qui partent d’un point d’histoire et autour duquel l’auteur brode une trame romantico-historique et le livre d’histoire pur et dur, souvent soporifique, Pierre Guelff réussit l’exploit, et le mot n’est pas trop fort, de nous livrer un roman passionnant autant sur le fond que sur la forme – ce qui force l’admiration. On comprend mieux qu’il ait reçu des prix, ne serait-ce parce qu’il a su mêler histoire et Histoire. » (Le Magazine des Livres – Boojum)

 

« L’auteur est passionné d’Histoire et il va sur le terrain comme un journaliste… qu’il est, d’ailleurs ! Un auteur au parcours étonnant pour un ancien ouvrier d’usine ! »

(JT de Télé-Bruxelles)

 

 « Lecture captivante de ce roman historique qui nous ramène merveilleusement au Moyen Âge. »

(RTBF-Radio)      

 

« L’Impératrice et l’Enlumineur » de Pierre Guelff, est un roman truffé d’informations historiques concernant le moyen âge et de récits et de légendes concernant les lieux sacrés.

De plus, ce qui ne gâche rien, une belle histoire où se mêle l’histoire des grands de ce monde et la nôtre… Stavelot, nos Ardennes. A lire, franchement.

Et de plus pour certains, qui se sont mis en chemin, Saint-Jacques, la voûte étoilée, le cheminement de l’homme…

(Yves F. sur Facebook)

 

 

« L’Impératrice et l’Enlumineur » : une manière d’écrire extrêmement visuelle et une mention pour le rendu des émotions à fleur de page. Un roman qui émeut. De la belle ouvrage ! »

(Lu sur Facebook)

 

« Il est difficile de se détacher de « L’Impératrice et l’Enlumineur » ! Le lecteur est directement plongé dans l’action. Du bon roman historique, à l’américaine. »

(Le Monde du Livre)

                             

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes critiques : romans historiques

 

L’Escholier de Dieu : bouleversant et révoltant !

 

bl-escholierTous les ingrédients d’un excellent roman historique moyenâgeux se retrouvent dans « L’Escholier de Dieu » de Mika Waltari (Editions du Jardin des Livres) avec, cependant, une particularité en ce qui me concerne :  l’origine de cette saga de près de 550 pages se situe dans le Nord de l’Europe, plus spécifiquement dans la Finlande du début du XVIe siècle, ce qui est assez rare comme théâtre de récit.

 

Prêtre et fils de prostituée ?

 

Mikaël est le personnage majeur de ce roman. Très jeune et fort ambitieux, il espère devenir prêtre et, pourquoi pas, évêque ou archevêque.

Néanmoins, le destin en décide autrement : « L’Eglise ne prend guère à son service des enfants de prostituées ! ». Ce qu’il est.

Seul dans l’existence, il est recueilli par Pirjo. On la dit sorcière. Elle s’en défend : « Mais non, je ne suis pas sorcière ! Je suis une femme qui guérit les malades… »

Je ne peux qu’approuver cette « mise en scène » de l’auteur : personnellement, je demande même la réhabilitation par l’Eglise de ces  victimes innocentes de l’Inquisition !

 

Mais, revenons-en à « L’Escholier de Dieu ». Mikaël est devenu un jeune adulte instruit, avenant, toujours taraudé par l’envie de s’élever dans la société. Une rencontre « tentatrice » ne le fait guère osciller entre la trahison à son pays et cet appel de poursuivre des études au plus haut niveau, par rapport à l’existence relativement paisible vécue dans sa petite cité finlandaise. Ainsi, « il fait face à son nouveau destin, face à l’inconnu »…

Il arrive à Paris et à la Sorbonne. Quelque 6.000 étudiants composent l’université : « La jeunesse est avide et dévore sans discrimination toute connaissance qui se présente à elle. »

Après maintes péripéties, le voici de retour dans le Nord pour tenter d’approcher le roi Christian du Danemark qui mène les opérations du siège de Stockholm.

Mikaël, désargenté, devient l’assistant du célèbre docteur Paracelse. Celui-ci peut devenir un « grand » parmi les savants de l’époque, mais il préfère frayer avec le « vulgaire ».

Néanmoins, il entretient à son jeune assistant des théories fort sérieuses : « L’homme possède un corps terrestre et un corps astral qui disparaissent en même temps. Mais, tandis que le corps physique redevient poussière, le corps astral monte vers les étoiles. »

 

Prêtre et inquisiteur

 

Autre aventure : Mikaël doit convaincre les autorités finlandaises de se rallier au roi danois. « Ainsi donc j’assistai à la naissance d’un Nord uni sous la bannière d’un unique souverain, événements historiques d’une importance considérable ! »

Dans la foulée, il est ordonné prêtre « d’une rapide imposition des mains » par un archevêque, échappe de justesse au bûcher avant de devenir un impitoyable inquisiteur lui-même : « Non seulement traître, mais chacal ! », puis il utilise, sans remords, des dés pipés estimant ne plus rien devoir au roi sanguinaire : « Il suffit de ne point se faire prendre ! »

Son ami Antti frôle l’idiotie, mais Mika Waltari, par la magie de l’écriture, le fait parler comme un savant, et, les rebondissements se succèdent quasiment de page en page !

Dès lors, je ne vais pas dévoiler davantage la trame de cette formidable histoire au risque de « casser » cette lecture, bouleversante et révoltante lors du récit des actes inhumains orchestrés par l’Eglise-Inquisitrice ! Comment le Dieu-Tout-Puissant des catholiques a-t-Il pu laisser faire cela ?

Sachez, cependant, que Mikaël va évoluer, souvent dans la douleur, parfois avec une certaine lucidité : « Dieu et Satan habitent dans mon cœur », « La justice divine est supérieure à celle de l’Eglise », « L’argent va et vient alors qu’un bon conseil ne perd jamais de sa valeur »…

 

Un romancier de terrain

 

 « Purement éblouissant » est-il écrit en quatrième de couverture de « L’Escholier de Dieu » pour saluer cette œuvre. 

Je confirme bien volontiers cet avis et je le comprends d’autant mieux quand j’ai découvert que des pans de la vie de Mika Waltari pouvaient s’assimiler à celle de Mikaël, le « héros » du récit.

Effectivement, le romancier était fils d’un pasteur luthérien et originaire d’Helsinki, il a vécu la guerre civile finlandaise, a suivi des cours en théologie, puis en philosophie. Il devint maître, étudia à Paris…

Assurément, Mika Waltari a été un véritable « romancier de terrain » avec cet ouvrage et, selon ma perception, cela lui donne un label de qualité indiscutable.

  

 

Renoir : un homme, une œuvre, un monde

 

41NCMXXXJ8L__SL500_AA240_Après avoir visité la splendide exposition consacrée au peintre Renoir au Grand Palais à Paris, j’ai lu d’une traite les 500 pages de « Pierre-Auguste Renoir, mon père » (Folio), ouvrage écrit par son deuxième fils, le célèbre Jean Renoir, auteur des films fameux comme Madame Bovary, La Grande Illusion, Le Caporal épinglé…

En quatrième de couverture on présente cette biographie comme celle qui « fait revivre avec amour un homme, une œuvre, un monde ».

Pour illustrer la trame de mon futur ouvrage « La stigmatisée » se situant au XIXe siècle, je profite de cette opportunité pour camper le peintre de la manière suivante :

« Pierre-Auguste Renoir n’est pas un rêveur, c’est un observateur attentif de la vie. Un jour, il dit : « Quand je pense que j’aurais pu naître chez des intellectuels ! Il m’aurait fallu des années pour me débarrasser de toutes leurs idées et voir les choses telles qu’elles sont, et j’aurais peut-être été maladroit de mes mains. »

Il a aussi confié qu’il aimerait mieux crever plutôt qu’habiter Passy !

Pour lui, le luxe c’était pouvoir contempler des objets de qualité, pas avoir des maîtresses, organiser des repas fastueux, de rouler dans des équipages fabuleux…

Pour lui, un objet de qualité devait refléter la personnalité de son auteur, que ce soit une casserole ou un diadème en or.

 

L’ouvrage de Jean Renoir, surtout un livre historique mais avec de nombreuses touches de « terroir », est écrit avec beaucoup de chaleur. L’auteur nous décrit son père à travers de multiples anecdotes et citations :

« Ses tableaux sont des démonstrations d’égalité. Les fonds ont autant d’importance que les avant-plans. Dans son monde l’esprit se dégage de la matière, non pas en l’ignorant mais en la pénétrant. Dans cet ensemble compact, chacun de nos gestes, chacune de nos pensées a sa répercussion. »

 

Trois passages, parmi des dizaines !, ont plus spécifiquement retenu mon attention. Ce sont trois citations du peintre :

 

« L’avantage de vieillir est qu’on s’aperçoit des gaffes un peu plus vite. »

 

« En politique il faut de l’hypocrisie, pas de caractère et un ton mesuré. Il n’y a que les médiocres qui ne font pas peur. »

 

Il proposa l’adoption d’une loi limitant le service militaire aux vieux : « Comme cela, plus de guerres. Les politiciens, qui sont tous croulants, seraient obligés d’y aller. Et si la guerre éclatait tout de même, quelle occasion de se débarrasser des bouches inutiles ! »

                                             

Les années Trianon : arrogance et mépris royaux

  

9782226194046mComparaison n’est pas raison, dit-on. Mais, si Françoise Chandernagor a écrit un livre d’anthologie avec « L’allée du roi » (Editions Pocket), souvenirs de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, épouse du Roi de France,  l’ouvrage de Catherine Hermary Vieille « Les années Trianon » (Albin Michel) est de la même veine.

Assurément, on est en présence  d’un livre qui marque les esprits, qui fait réfléchir tout en distrayant de manière « intelligente ».

« Les années Trianon » c’est, à la fois, l’histoire mouvementée, scandaleuse, pitoyable et pathétique de Marie-Antoinette, l’épouse du fat et insipide Louis XVI. C’est la chronologie, superbement décrite, d’un mépris total de la Cour et de l’aristocratie à l’égard du peuple. C’est l’annonce d’une révolution citoyenne.

 

Rien de neuf sous le soleil

 

Versailles, son château, ses rois et reines, ses milliers de courtisans, sa débauche et son luxe outrancier :

« Il y avait à Versailles quantité de petits Noirs qui tenaient la traîne de leurs maîtresses ou les éventaient. Qui se préoccupait de savoir s’ils étaient libres ? », lit-on sous la plume de Catherine Hermary Vieille.

Un peu plus loin, ce constat, terrible, choquant :

« Dans les villes, les bourgs, les villages et les hameaux, on maugréait contre le roi qui se disait le père du peuple. Quel père laissait mourir de faim ses enfants alors qu’il se remplissait la panse et dilapidait le Trésor avec sa maîtresse ? »

 

Marie-Antoinette ? Elle se moquait de cette situation. Elle trouvait même « mesquin et inutile » de ralentir ses dépenses, de réduire la domesticité. Non seulement elle faisait des dépenses faramineuses, mais elle collectionnait d’immenses dettes comme elle conservait des perles rares, des habits, chaussures et chapeaux de luxe, des fêtes et réceptions somptueuses coûtant des centaines et des centaines de milliers de livres (des dizaines et des dizaines de millions d’euros) alors que « les hôpitaux étaient pleins et qu’on ne pouvait plus recueillir les pauvres hères que la détresse jetait aux coins des rues. »

 

Et puis, Versailles régentait tout :

« Tout et chacun était corrompu en France, tout se négociait, les intrigues privaient le gouvernement des hommes capables pour le livrer à des personnages avides et ambitieux. »

 

La Révolution en marche

 

Mais, petit à petit,  les choses bougèrent :

« Amis de Benjamin Franklin, les avocats Danton et Robespierre commençaient à faire entendre leur point de vue sur l’inégalité, la domination des pauvres par les riches, l’existence de la Nation. La reine ne dépensait-elle pas au jeu en une soirée quarante années de salaire d’un ouvrier ? »

 

Face au roi qui venait de refuser le nom d’« Assemblée nationale » et maintenait les droits féodaux et les postes réservés à l’aristocratie,  Mirabeau s’écria : « Nous sommes ici de par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ! »

La Révolution était en marche et non une simple « émeute » du bas peuple comme le claironnait avec arrogance le duo royal…

                                                              

     Le Club des Incorrigibles Optimistes

 

PHOTOS 2009 paris nov 005.jpg FTPortraits de générations et chroniques de différentes époques (de 1952 à 1980) forment une sorte de  roman de « terroir » dans cet imposant ouvrage (plus de 750 pages) « Le Club des Incorrigibles Optimistes » de Jean-Michel Guenassia aux Editions Albin Michel.

Ici, pas de village provençal, de région agricole périgourdine, de saga familiale dans les vignes ou les landes, mais, une histoire où « l’authenticité souffle sur toutes les pages » et qui se déroule principalement au cœur de Paris, plus particulièrement du côté du Jardin du Luxembourg et de sa célèbre fontaine de Médicis (photo), au Quartier Latin...

D’un autre côté, il y a également des faits historiques (surtout à l’Est) qui se coupent et s’entrechoquent dans un bistrot du quartier Denfert-Rochereau : Lénine, Staline, Sartre («… un sale con  et révolutionnaire de salon, mais un homme généreux… »), Kessel, le Rideau de Fer, la Guerre d’Algérie, Noureev…

La trame de ce roman, que je classe donc de manière tout à fait subjective dans la catégorie des romans « historiques », est magnifiquement menée et se déroule comme un véritable thriller où l’aspect humain est omniprésent.

Assurément, ce premier livre de Jean-Michel Guenassia est remarquable et aurait mérité un « grand » prix littéraire.

J’ai noté des dizaines de passages particulièrement succulents, édifiants... En voici quelques-uns afin de mieux planter le décor :

 

-  Hurler avec la meute. Mépriser les martyrs. Nier la vérité. Ce n’est pas être complice ?

- Quand on naissait ouvrier, on était communiste, quand on naissait bourge, on était de droite. Surtout, pas de mélange. La compromission, c’était les socialos.

- Lire et aimer le roman d’un salaud n’est pas lui donner une quelconque absolution, partager ses convictions ou devenir son complice, c’est reconnaître son talent, pas sa moralité ou son idéal. Je n’ai pas envie de serrer la main d’Hergé mais j’aime Tintin.

- La démocratie est une supercherie inventée par la bourgeoisie pour diriger en permanence le système.

- Tu es et tu resteras toujours une petite bourgeoise moraliste. Comme Camus. Toi, tu es et tu resteras toujours un petit con prétentieux. Comme Sartre.

- C’est l’inconvénient de la psychanalyse, quand on connaît l’origine du problème, ça ne le résout pas.

- Le respect, c’est ce que la bourgeoisie a inventé pour arriver à ses fins.

- Comment progresser quand le professeur n’a pas compris la leçon ?

- On ne vit bien que dans l’oubli. Les gens heureux oublient.

- Quand on a fait une connerie, on ne la rattrape jamais. Il faut aller jusqu’au bout en espérant qu’on aura un peu de chance pour s’en sortir. Sinon, tu payes deux fois. Pour la connerie et pour avoir essayé de t’en sortir.

- Les seuls amis qui ne te trahissent pas sont ceux qui sont morts.

- Quand on ramasse des diamants à la pelle, ils n’ont aucune valeur : c’est du charbon.

- Seuls les amnésiques n’ont pas de regrets.

 

La Passion selon Juette

  

9782253125617Nonobstant une écriture alerte, franchement belle, tout au long de « La Passion selon Juette » de Clara Dupont-Monod (Le Livre de Poche), j’ai été mal à l’aise tant le personnage principal, la jeune Juette, me dérangea.

Mariée à l’âge de 13 ans, veuve un peu plus tard – elle ne bougea pas un petit doigt alors que son mari s’éteignait dans d’atroces douleurs à ses côtés -,  elle haïssait les hommes, sauf un, et encore !, le prêtre Hugues de Floreffe, son confident et ami. Homme qu’elle finira, aussi, par « nier ».

A dire vrai, à part le Christ et les lépreux qu’elle soignera avec dévouement, qui aima-t-elle ? Elle abandonna même, d’un air dégoûté et sans le moindre remords, son bébé !

Des ecclésiastiques, des notables, certains proches, la traitèrent d’hérétique, puis elle fut considérée comme une sainte par une frange de la population.

C’est vrai, cependant, qu’elle eut le mérite et le courage de clamer tout haut quelques « vérités » dérangeantes :

- « Combien, à force de confondre église et échoppe, ne savent plus en quoi ils croient ? »

- « Tiens ta langue. Le clergé, lui, tient la bourse. »

- « Je commence à croire que l’Eglise n’a rien à voir avec Dieu. »

- « Les hommes de Dieu se goinfrent. Pourtant, ils ont lu les textes qui imposent une purée de pois le soir, une autre de fèves à midi. Alors comment expliquer ces ventres ronds et tendus ? Ils ont des allures de femme enceinte. Je me souviens que ce sont eux, les amis du Christ. Quelque chose ne va pas. »

 

Aristote au feu !

 

Une Eglise du XIIe siècle qui fit brûler les ouvrages d’Aristote, car ils pouvaient faire de l’ombre au Vatican, ne fut-ce qu’en émettant certaines réalités ou, même, de proposer un dialogue, ce qui aux yeux de Rome était intolérable, d’où des procès iniques, l’Inquisition, les bûchers…

Juette n’en eut cure : elle ne cessa de dire, haut et fort, que l’Eglise trompait les fidèles, qu’elle les volait :

- «  Croyez-vous vraiment qu’une place auprès de Dieu s’achète ? »

 

A un prêtre, elle cria : « Tu oses me refuser l’hostie parce que tu me dis hérétique, alors que tu fréquentes les prostituées ! »

Elle échappa miraculeusement (?) au bûcher tant sa popularité était grande, mais elle termina sa vie en tant que recluse et l’Eglise, elle, put poursuivre sa tâche, sa sinistre besogne…

Eglise : le soufre et l’encens

 

product_thumbA l’heure où le Vatican est traversé par de sérieux soubresauts nauséabonds à relents révisionnistes,  la lecture du roman « Le Soufre et l’Encens » (Editions du Pierregord) remarquablement écrit par Sonia Pelletier-Gautier, est un rappel de ce que, au nom de Dieu, des gens d’Eglise immondes pouvaient accomplir par soif de pouvoir, par frustration, par dogmatisme aveugle (pléonasme ?) ou par machiavélisme.

On est au XVe siècle, en Alsace, c’est le temps de la funeste Inquisition et d’une jolie jeune fille, Christine, accusée de « sorcellerie », qui va vivre l’enfer sur terre,

Belle, attirante, attirée… cela dérange l’Inquisiteur qui, alors, va faire montre de toute son intolérance, de sa mauvaise foi, c’est le cas de le dire, d’une cruauté extrême. Et, bien souvent, à part quelques proches de la jeune fille, la peur terrorise la population qui ne bouge pas en sa faveur. Que du contraire…

 

Intégrité et justice

 

J’avoue que j’ai eu dur à « entrer » dans ce roman fort de plus de 280 pages, tant les cinquante premières pages font état de nombreux personnages et de multiples citations qui sont autant de références historiques, mais, ensuite, c’est l’envolée vers le scénario cousu de fil ensanglanté, d’hypocrisie, de sadisme à faire le mal, c’est le bal des faux-culs, de l’horreur d’un procès truqué dont on suit la mise en place odieuse.

Cette Eglise-là fut terrifiante, si loin du message d’amour du Christ, comme le rapporte les évangiles.

Ce roman poignant est le premier tome d’une trilogie (avec de splendides couvertures), que m’a commenté l’auteure :

-  « Le Soufre et l’Encens » : « Découverte de  la petite ville de Guebwiller, en Alsace, au moment où le pape Innocent VIII lance la chasse aux sorcières, celle qui va embraser toute l’Europe. On découvre, aussi, une population qui vit au rythme des rites calendaires, pendant que les dominicains préparent un procès… »

- « L’Inquisiteur et la Sorcière » : « Le face à face Inquisiteur-Christine peut commencer. Les archives ont permis de reconstituer le procès. L’Inquisiteur est intègre, mais l’intégrité est-elle toujours synonyme de justice ? »

- « Le Brasier de l’Imparfaite » : « L’Inquisiteur est en proie aux doutes… Ses interrogations sont-elles d’un seul temps et d’un seul lieu. Pas sûr. Le poids de la responsabilité d’un verdict repose sur les épaules d’un seul homme. Cela a-t-il vraiment changé ? »

 

Quand le pape Benoît XVI demandera-t-il officiellement pardon pour les dizaines de milliers de victimes innocentes  de l’Inquisition ?

Belle Pernelle et éternel Nicolas Flamel

 

product_thumb« Pernelle et Nicolas Flamel » de Janine Durrens aux Editions du Pierregord est un ouvrage qui, malgré 480 pages de texte serré, se lit d’une traite tant la trame de l’histoire est palpitante.

Ce roman historique, comme tous les romans, a sa part de « fabuleux », mais celui-ci est superbement mené et cela donne une sorte de thriller fort prenant.

De plus, les us et coutumes du XIVe siècle sont décrits de manière parfaitement crédibles (on est très loin des niaiseries et autres erreurs fondamentales du « Da Vinci Code » !) et, ce qui ne gâte rien, que du contraire !, l’auteure a une maîtrise assez impressionnante de l’alchimie, cette quête du Grand Œuvre qui, dans son ouvrage, ne représente pas que la soif effrénée de la fabrication de l’or à partir du « vil » plomb.

Ainsi, l’histoire s’articule autour de Pernelle, enlevée à Bergerac, tombée dans les griffes d’un homme violent, puis séduite par d’autres hommes, avant de lier son destin à celui de Nicolas Flamel, l’alchimiste bien connu.

 

Au cœur du Paris médiéval

 

Plus%20ancienne%20maison%20parisiennePernelle et Nicolas habiteront et travailleront à Paris dans le quartier du Marais, plus spécifiquement au 51 de la rue de Montmorency.

Cette demeure (photo : Pierre Guelff devant ce patrimoine universel), passablement restaurée et transformée, est considérée comme la plus ancienne de la Ville Lumière.

Le couple cheminera sur le Chemin de Compostelle, cet itinéraire initiatique qui m’est si cher, quittera – par prudence – Paris pour une destination « secrète » et, quand les chercheurs de l’éternelle jeunesse et autres chercheurs d’or ouvriront leurs cercueils à la recherche d’éventuels indices, la découverte sera bien dans la lignée de ce roman : mystérieuse et merveilleuse.

« Pernelle et Nicolas Flamel » a obtenu le Prix des Lecteurs 2008 aux Journées du Livre d’Orthez.

La Vierge en bleu

  

516SCQ2JFFL__SL500_AA240_Etrange ? Dérangeante ? Surprenante ? La manière prise par l’auteur Tracy Chevalier de raconter l’histoire d’Ella Turner et/ou Isabelle Tournier sort de l’ordinaire dans « La Vierge en bleu » (Folio, N° 4355).

Le premier chapitre raconte la vie cruelle et bouleversante de la « Rousse » (Isabelle) au temps de la Réforme.

Bannie du village à cause de la couleur (rousse) de ses cheveux, traitée de diablesse ou de sorcière comme le fut sa mère, mordue à mort par un loup, la jeune femme tente de se frayer un difficile et délicat chemin dans l’existence en cette Guerre de religions.

Son mari, violent, frustre, ne la respecte pas. Il la cogne. Et, que dire de l’un de leurs fils qui épie sa mère et la trahit ? Seul l’amour de leur fille, Marie, la console quelque peu. Mais, à quel prix…

Le deuxième chapitre conte l’arrivée d’Ella-l’Amércaine dans un village du sud-ouest de la France.

Visiblement, personne ne l’apprécie. Son mari essaie, vaille que vaille, de l’habituer aux gens qui la repoussent avec dédain, voire méchanceté. Elle le trompe…

Alors, à quatre siècles de distance, Isabelle-la-Rousse et Ella-l’indésirable vont tisser des liens à travers l’espace et le temps.

Des liens familiaux ? Originaux ? Diaboliques ? Mystérieux ?

Je n’en dis pas davantage, de crainte de trop dévoiler la trame de ce roman en forme de thriller.

C’est haletant et le périlleux exercice de style employé par l’auteure est parfaitement maîtrisé.

 

Mes critiques : romans "Terroir"

                                                               

           Pourquoi le ciel est bleu

 

9782226194039Christian Signol, auteur de « Pourquoi le ciel est bleu » (Albin Michel), explique : « Julien Signol, mon grand-père paternel, ne sut jamais lire ni écrire, et moi, son petit-fils, je suis devenu écrivain. Grâce à lui bien sûr, grâce à mes parents, à leur travail, à leur courage, à tout ce qu’ils m’ont légué.

Et pourtant, il a fallu plus de quarante ans à Julien pour oser poser à son fils la question à laquelle sa mère avait répondu par une gifle cruelle quand il avait sept ans : « Pourquoi le ciel est bleu ? » Il en est resté meurtri, comprenant vaguement que l’enfant d’une domestique, veuve de surcroît, n’avait pas le droit de lever la tête vers le ciel. »

 

L’émotion est omniprésente dans ce nouvel ouvrage de « terroir » signé par l’un des maîtres du genre : « Je crois à la mémoire des gènes, à quelque chose en nous qui se souvient de ce que les hommes et les femmes qui nous ont précédés sur la Terre ont vécu. (…) Mais combien faut-il de générations pour installer une famille dans la place qu’elle mérite dans la société ? Combien faut-il de temps pour que l’humilité devienne une force, le travail un mérite reconnu, le succès une légitimité ? » », explique-t-il.

On suit Julien pas à pas, de son enfance à sa mort, en passant par la perte de l’usage de l’une de ses mains à la guerre 14-18. Un « Julien qui n’avait aucune religion… Le combat sans merci qu’il avait dû mener depuis son enfance, les différences de condition de vie constatées entre les humbles et les nantis, la conviction de ne pouvoir compter que sur lui-même l’avaient fermé à toute espérance autre que celle entrevue à partir du manche des outils et du pain quotidien. »

 

Et puis, il y a l’un des enfants du couple Julien-Hélène : « Cet enfant né le 20 mai 1920, c’est mon père (André Signol), et cette histoire de bougie allumée pour que les rats ne le mangent pas dans la baraque de Perthes-les-Ardennes, il aima à la raconter souvent… »

 

Autant Julien fut dur, parfois violent, aigri par le sort qui s’acharna sur lui, autant son épouse Hélène était d’une bonté immense : « Elle savait que les souvenirs ne consolent jamais de la perte de ceux qu’on aime… »

Julien et Hélène, constate Christian Signol, « sont donc celui et celle qui ont accompli le plus de chemin pour que, un jour, leurs enfants et leurs petits-enfants vivent mieux et ils ont trouvé suffisamment d’énergie pour accomplir le pas décisif, grâce auquel, aujourd’hui, moi, leur petit-fils, je peux, dans un livre, leur rendre l’hommage qui leur est dû. »

 

Et, à mon tour de rendre hommage à Christian Signol qui nous a partagé ces si belles pages qui, elles, ne confondent pas le  nécessaire et le superflu !

 

                                                         

Le jeune amour

 

9782266172660R1Quel étrange livre que « Le jeune amour » de Michel Jeury (Editions Pocket) !

J’avais découvert – avec plaisir – cet auteur grâce à « Nounou » et l’histoire de Céline, jeune mère du Morvan qui se rendait à Paris pour survivre en allaitant un bébé de la bourgeoisie tout en laissant son propre enfant au pays. Un enfant qui, d’ailleurs, faute de soins allait mourir. Céline était jolie,  un peu naïve, et, bien entendu, certains en profitèrent…

 

Dans « Le jeune amour », c’est l’histoire de Gil (17 ans) qui ambitionne de devenir un grand écrivain et de décrocher le Prix Renaudot.

Dans sa petite ville de Dordogne d’après l’Occupation, où il devient fonctionnaire et que deux belles femmes se chargent de son éducation sexuelle, c’est aussi quelques règlements de comptes. Surtout avec « L’adjoint » au maire qui vise une place de ministre. Un salaud que cet adjoint ! Beaucoup de gens lui en veulent : il n’a pas été le résistant qu’il veut bien laisser croire, il humilie ses proches, dont sa femme (la fille d’un homme riche…), il écrase tout et tout le monde sur son passage.

Jusqu’au jour où une balle lui transperce la poitrine. Suicide ? Meurtre par accident ? Assassinat ?

 

Aux Editions Pocket, cet ouvrage est catalogué « Terroir ». Il faut lui ajouter, selon moi, un côté « policier » et « historique ». D’où, sa spécificité.

En voici quelques passages significatifs :

 

« La douleur, c’est la grosse affaire de la vie, avec le plaisir, naturellement. Exemple, regretter à en mourir la brune qui vous a quitté et se consoler à pleines dents avec une blonde le diable au corps. Et quand on n’a ni brune ni blonde, de rousse moins encore, sauf en rêve, il faut se préparer en lisant tous les livres. Et espérer que la bombe ne pétera pas avant qu’on ait eu le temps de humer le sel et le poivre… »

 

« La vie est compliquée, il faudrait lire mille romans pour s’y retrouver. Et encore, les romans. La réalité est peut-être pire, va savoir. »

 

« Et Gil songe : mon premier congé de maladie. Sa vie de fonctionnaire est vraiment commencée. »

 

                                                                                          

Compagnons de fortune

  

9782844949066Sagas familiales, destins singuliers, voire tragiques, et tradition ouvrière forment la trame de « Compagnons de fortune » de Philippe Lemaire aux Editions De Borée.

J’avais déjà apprécié « Les Vendanges de Lison » du même auteur chez De Borée et, sans conteste, je trouve que le voyage « initiatique » de Yann, un jeune charpentier, à travers la France (de Bretagne à Dole en passant par Paris) apporte une dimension « supérieure ».

Chaperonné par Julian, son ami brisé et révolté par l’assassinat de sa mère, le jeune compagnon breton se laisse embarquer dans des situations souvent délicates. Celles qui, souvent, forgent les caractères et façonnent les mentalités.

« Voyage initiatique, variation sur la force de l’amitié et découverte de l’amour » sont les trois piliers de cet ouvrage remarquable.

J’y ai relevé ce dialogue entre les deux amis :

- Quand tu fais rire une fille, dis-toi bien que c’est gagné, dit Julian.

- Qu’est-ce qui est gagné ?, demande Yann.

- Toi, on peut dire que tu penses avec tes sabots ! Tu ne comprendras jamais rien aux femmes, autant dire que tu ne comprendras jamais rien à la vie.

 

Et puis, encore, cette phrase pleine de bon sens : « Il n’y a qu’une seule gloire à la guerre, c’est bien celle de rester vivant. »

 

Enfin, cette déclaration du maître charpentier à Yann occupé à travailler le bois : « Tu vois, bonhomme, ce que tu fais là, eh bien !, quand tout sera chevillé d’acacia, ça durera des siècles. »

Tout était dit.

 

                                                                                      La terre et le moulin

 

9782266139977R1« La terre et le moulin », un roman de Georges Coulonges paru aux Editions Pocket, est l’histoire familiale et rurale assez classique du fermier qui décède et qui laisse femme et enfant(s), généralement éplorés, mais, aussi la ferme et le cheptel.

Dans le présent ouvrage, l’enfant est Marie-Paule, jeune, jolie, assez taciturne, au caractère bien trempé.

Dans le village du Quercy, les spéculations vont bon train : il faudrait la marier à un gars du village, les deux femmes vont-elles revendre la ferme ?

A vrai dire, Marie-Paule va choisir Pierre, également un gars de la terre, mais un « étranger » au village puisqu’il habite à une soixantaine de kilomètres !

Néanmoins, le couple va tenter de gérer les deux fermes : celle de Marie-Paule et de sa mère, celle de Pierre et de son père.

Les spéculations reprennent : ces jeunes tiendront-ils le coup ? La mère veuve et le père veuf, cela ne formerait-il pas un nouveau couple dans le fond ?

Puis, survient la mort de la mère veuve, une séparation (temporaire ?) entre Marie-Paule et Pierre, un mariage…

Bien sûr, je ne vais pas dévoiler la suite de cette histoire, en revanche, voici quelques phrases afin de mieux l’illustrer et donner le ton de cette saga que l’on peut situer dans les années 1960 :

 

« On a beau avoir plus de terre, on sait bien qu’un jour elle tombera sur nous. »

 

« Le grand-père sursaute. Ce n’est pas la première fois qu’il s’accroche avec son petit-fils. Expérience contre franc-parler. »

 

« Une rencontre au bout d’un chemin, un soleil sur une jupe et on a vite de l’herbe dans le dos. »

 

« C’est un peu bête de planter des arbres quand on n’a pas d’enfants. (…) Si on pensait toujours qu’on n’a pas d’enfants, on ne ferait rien, on n’entreprendrait rien.  »

 

« Les convictions montent lorsque les verres descendent. »

 

« Si les pauvres mortels que nous sommes n’éprouvaient pas une spontanée envie de rire lorsque leur prochain tombe dans l’embarras, la religion n’aurait plus aucun sens. Pis : elle n’aurait plus d’utilité. »

 

« Le péché… c’est de ne pas se réjouir du bonheur des autres. »

 

« Les yeux fermés voient clair dans le passé. »

 

« Répéter un mensonge, ça n’en fait pas une vérité. »

 

                         La petite école dans la montagne

 

9782266157209R1Personnellement, je ne garde pas un souvenir ému de mon passage à l’école primaire, étant même obligé de recommencer ma… première année ! Motif invoqué : « Il est encore trop jeune ». Bof !

N’empêche, j’apprécie beaucoup les ouvrages où il est question de ces instituteurs du début du XXe siècle, ceux qui représentaient la République, la laïcité…

Ils font partie intégrante d’une sorte de mémoire collective, en somme.

Généralement, cela sent bon les us et coutumes de naguère, les aléas, aussi, la frontière qui était tracée au milieu d’une rue de village dont le bistrot était le quartier général, sans oublier le maire et le curé, piliers de la vie quotidienne rythmée par les fêtes religieuses.

 

J’avais aimé « Nounou » de Michel Jeury, j’ai également apprécié « La petite école dans la montagne » (Editions Pocket), même si la fin est dramatique, de l’histoire de cette institutrice des filles et de cet instituteur des garçons dans ce même village de la Loire, tous deux célibataires aux caractères bien trempés.

Une histoire qui tournera autour de Colinet, un petit berger orphelin, pauvre et intelligent tout désigné pour réussir son certificat d’études.

 

Et puis, il y a ces petites phrases et citations que je relève pour donner le ton :

 

. « Répandre l’instruction est le premier devoir d’un peuple qui veut rester libre. »

 

. « L’école buissonnière est l’école du mensonge et du vice. » (Maxime de morale et de discipline écrite sur un carton et fixée à un mur de la classe).

 

. « Homme sans femme, cheval sans bride. Femme sans homme, barque sans gouvernail. Amour au cœur, éperon au flanc. Coup de pied d’ânesse ne blesse pas l’âne. Un cheveu de femme tire plus qu’une paire de bœufs… »

 

Et, cette conclusion fortement prémonitoire, selon moi :

 

« Mais quand pourra-t-on dire la vérité ? Jamais tant que la société sera ainsi dominée par la religion, même la religion laïque. »

                                                                                 

                          Les Vendanges de Lison

  

413100830_M« Les Vendanges de Lison » de Philippe Lemaire aux Editions De Borée, c’est quelque 370 pages d’une histoire de terroir qui fait vibrer le lecteur et le tient en haleine de manière fort subtile.

Lison est une jeune et jolie fille qui, au travail familial ingrat de la vigne, préfère Paris et le théâtre. Ce qui n’a pas l’heur de plaire à ses parents : « Mais comédienne, ce n’est pas un métier ! C’est une occupation de gourgandine. Qu’est-ce qu’on va devenir ? ».

Un jour de vendange, le père s’effondre, foudroyé par une attaque cardiaque en plein travail. La mère est alors aux prises avec un nanti-arriviste qui veut lui racheter les vignes, celles qui donnent le meilleur vin de toute la région.

Lison finit par se rebiffer : « Vendre la vigne, c’était trahir son père. (…) Tout son être s’était révolté à l’idée qu’on puisse effacer d’un coup la trace de toutes ces vies silencieuses qui avaient peiné à pétrir cette terre, ces roches, pour en faire jaillir de la vigne. »

Je ne vais pas révéler la suite, que l’on devine, bien que…

En revanche, comme d’habitude, j’ai relevé quelques phrases qui m’ont interpellé :

 

« La mort d’un proche, c’est d’abord quelque chose qui vous isole des autres. »

 

« Les repas d’enterrement finissent toujours par ressembler aux banquets de mariage. »

 

« Acheter une voiture française, c’est lutter contre le chômage » (l’histoire se situe au début des années 1930)

 

Dans la bouche de l’arriviste-nanti qui aime afficher sa réussite sociale : « Il faut montrer l’or qui brille à son gilet. »

Assurément, cette phrase était prémonitoire avec la période bling-bling que nous vivons…

Ceci dit, non seulement j’ai découvert une maison d’édition où le terroir fait partie intégrante de la ligne éditoriale, mais, aussi, un auteur qui apporte à cette dernière tout son immense talent de « raconteur ».

 

                                                                             La liberté sur la montagne

  

9782266162081R1J’ai retrouvé avec plaisir Georges Coulonges dans ce beau roman « La liberté sur la montagne » (Editions Pocket), après avoir apprécié, entre autres, « Ma communale avait raison ».

Bien entendu, je ne vais pas raconter l’issue de la longue escapade d’une jeune bergère des Pyrénées qui, un peu lasse de se trouver dans un monde dur et rude – sauf son papy (pépi) tout attentionné à son égard, et c’est réciproque – décide d’emboîter le pas de colporteurs. Des pas qui l’emmènent jusqu’à Paris.

Outre, la découverte du milieu (le mot est choisi) des vendeurs itinérants, cet ouvrage est empli de ces petites touches « de terroir » que j’apprécie tellement :

 

« Qu’a fait ton curé depuis qu’il est là ? Il a placé des croix sur les rochers miraculeux, sur les fontaines guérisseuses. Il a transformé les menhirs en oratoires où l’on se rend en pèlerinage tous ensemble ! Il accapare tout ! »

 

Il y a, aussi, la sagesse du papy qui s’adresse à sa petite-fille :

 

« Laisse-moi parler. Moi, je n’ai pas besoin de tes paroles. Je les connais. Tu mérites des reproches ? Ne me les demande pas. Tu es assez grande pour te les faire toi-même ! Ils seront meilleurs que les miens qui te trouveraient l’excuse de la jeunesse alors que, si je te connais bien, les tiens en auront l’intransigeance. »

 

Et puis, comme le veut une sorte de tradition dans mes chroniques, je relève l’une ou l’autre citation :

 

. « Je ne sais pas ce qu’est l’honneur des hommes. Ce que je sais seulement, c’est que leur déshonneur s’appelle le mensonge. »

 

. « Dire le péché, jamais le pécheur. »

 

. « La parole vaut l’homme ou l’homme ne vaut rien. »

 

. «  Chaque heure m’a appris à vivre. Mon heure dernière m’apprendra à mourir. »

 

. « On dit l’intime à qui l’on donne l’estime. »

 

. «  Il faut vivre le mal pour avoir envie de faire le bien. »

                        

                                                            La dame des Forges

  

11982496_4217738Cet ouvrage, « La dame des Forges » (Editions Pocket) de Nathalie de Broc, a beau être un roman de terroir, un genre fort méprisé par une certaine intelligentsia salonnarde,  il n’empêche que le récit est poignant, choquant, voire révoltant.

Bien sûr, il y a la mort de l’épouse d’Adrien et de leur enfant, en un temps – au milieu du XIXe siècle – où la médecine ne pouvait rien, ou, alors, si peu, face aux complications d’une maternité difficile.

Bien sûr, le monde ouvrier, donc celui d’Adrien, n’était que sacrifices et souffrances, abnégation et fatalisme.

Mais, il y a surtout le propriétaire des Forges d’Hennebont, en Bretagne, un certain Eylau de Kerviléon, patron omnipotent, terrifiant d’inhumanité, même avec ses proches, surtout avec son personnel qu’il fait trimer de 7 heures du matin à la tombée de la nuit, parfois jusqu’à 22 ou 23 heures, dans des conditions de sécurité et d’hygiène atroces.

Pire, il triche même sur leur salaire, profitant de sa mainmise sur un monde laborieux pliant l’échine pour tenter de ne pas crever de faim.

Ce patron-voyou a aussi eu le culot de dire : « Dieu a mis les pauvres sur la terre pour que les riches aient l’occasion d’exercer la charité chrétienne », alors qu’il avait volontairement écrasé avec son attelage l’un de ses ouvriers qui avait osé l’interpeller.

Ouvrier qui décéda de gangrène sans que cela n’émeuve le maître des Forges.

Cette partie de l’ouvrage est en base véridique.

Puis, le roman fait se rencontrer Adrien avec la jolie et sensible Virginie, jeune mariée cocufiée, petite-fille d’Eylau de Kerviléon qui, petit à petit, se rebiffe contre celui qui nommait avec mépris ses ouvriers de « troupeau en sabots ».

De par sa propre volonté, Virginie entre en contact avec ceux qui cohabitent dans des maisons vétustes, dans l’humidité ambiante, au sol de terre battue… Il y a également les haillons des enfants, leurs pieds nus, les grands yeux dans des visages maigres…

Elle est choqué par cette condition, elle qui, sous la coupe de son grand-père, n’avait pas l’autorisation de sortir du domaine familial, donc de se rendre compte du quotidien atroce vécu par les centaines d’ouvriers des Forges, son grand-père détruisant une vie sans état d’âme, sans manifester l’ombre d’un remords, comme « on biffe d’un trait de plume un nom sur une liste d’employés ».

Et, arriva ce qui devait arriver : Adrien l’ouvrier et Virginie, la future patronne des Forges, se rencontrèrent…

Elle est encore choquée quand elle apprend que « la parole d’un ouvrier face à celle d’un patron ne vaut pas grand-chose, aux yeux de la loi. »

Et, elle va agir !

                                                                           

 

                                                                            Le sixième crime : Ô suspense !

 

6crime[1]Le propre d’un roman policier, d’un polar, est de tenir le lecteur en haleine. Avec « Le sixième crime » de Sébastien Fritsch (Editions du Pierregord), croyez-moi, on ne s’ennuie pas à ce niveau-là !

Lex est un talentueux écrivain, « le plus grand romancier vivant sur la terre », qui vit reclus depuis plus de quatre décennies dans un hameau – cinq maisons qu’il occupe toutes à des degrés divers -  de la Drôme provençale.

C’est un être mystérieux, car on ne connaît pas son identité réelle, ses idées personnelles, ses sentiments, il ne se confie à personne, jusqu’à l’arrivée d’un membre de la police judiciaire de Lyon qui dit enquêter sur cinq meurtres… inspirés, chacun, par des polars de seconde zone.

Cinq romans noirs ont déjà été mis en scène par l’assassin. Qui sera la victime du sixième crime ?

 

Avec un petit côté terroir…

 

Après une superbe description des lieux (j’apprécie ce côté terroir magnifiquement présent tout au long du roman) de l’énigme, celle-ci est d’emblée exposée par le flic à l’écrivain : « Il n’y a réellement que vous, de par votre position à la croisée de ces cinq homicides, qui soyez en mesure de comprendre les motivations du tueur, saisir sa personnalité et donc conduire à son identification. Mais surtout, nul mieux que vous ne saurait deviner quel prolongement ce monstre risque de donner à cette funèbre série. En d’autres termes, vous seul pouvez empêcher le sixième crime. »

A ce moment, on se dit que l’auteur cache mal le final : cela ne peut être que Lex qui est au cœur de l’énigme, voire du quintuple meurtre.

N’avait-il pas déclaré à maints journalistes qui tentaient de lui arracher une confidence : « Je n’ai rien à vous raconter : quand je souhaite m’exprimer j’écris un livre » ?

Et pourtant…

 

Suspense à toutes les étapes !

 

Et pourtant, au fil des pages, le doute s’installe grâce à la trame imaginée par Sébastien Fritsch, du grand art ! A ce sujet, le troisième chapitre est un remarquable suspense qui va crescendo, puis, au cinquième chapitre, on découvre une description quasi morphologique de… cinq suspects !

Il y a aussi des dialogues dignes des meilleurs Simenon :

- Croyez-vous que celui qui trucide des jeunes filles de papier et d’encre, n’a pas, au fond de lui, les mêmes abominables pulsions que celui qui égorge des jeunes filles de chair et de sang ?, demande le flic à l’écrivain.

- L’homme n’a pas eu besoin de savoir lire pour savoir tuer.

 

Pas question, bien entendu, de dévoiler la fin de ce policier, mais, comme à mon habitude en cette rubrique,  de proposer quelques citations puisées dans l’ouvrage :

 

- « Il n’y a pas plus grand affront pour un flic que de se faire piéger par celui qu’il cherche à piéger. »

 

- « Le métier d’écrivain est d’écrire. S’il expose des idées par oral ou par des actes, il outrepasse ses droits. Aucun autre artisan ne se permettrait cela : le tailleur de pierres n’assemble pas les cercueils et l’ébéniste ne grave pas les pierres tombales, que je sache ? »

 

- « L’oubli n’est pas un mensonge, même si le mensonge peut parfois aider l’oubli. »

  

                                                                                      Une maison dans les arbres

 

51uQfpEiQ0L__SL500_AA240_En achetant « Une maison dans les arbres » de Jean-Paul Malaval (Editions Pocket), j’avais pensé retrouver l’ambiance de « La guerre des boutons » puisque la C4 évoquait l’été 1959, un village corrézien, deux bandes rivales de jeunes qui se disputaient…

En réalité,  il y a plusieurs romans dans ce roman. Bien sûr, il y a l’histoire de ces deux bandes de jeunes, mais, aussi, surtout, celles d’adultes avec le beau Jess qui travaille sur le chantier (controversé) de la Compagnie des Eaux, et qui tombe amoureux de la splendide Adée, maltraitée par son ivrogne et fainéant de mari, il y a les grands-parents de Cyril, le jeune parigot-tête-de-veau, qui ne savent plus comment cacher la grave maladie de sa maman, alors que papa est « aux Amériques »…

Et, comme d’habitude, j’ai relevé, ci et là, quelques phrases qui donnent le ton de l’ouvrage…

- « Et s’il les observait tant et tant, ses petites bêtes (des abeilles) – comme il disait-, c’était parce qu’elles avaient plus à lui apprendre que la fourberie, la lâcheté, la futilité des hommes. »

- « On entre dans la vie par des épreuves. On est reconnu par les siens pour ses capacités d’endurance. Parfois, aussi, on est rejeté. Le progrès a voulu gommer ces rites chevaleresques. Et tant d’autres, tout aussi cruels, les ont remplacés. »

- « Pour qu’il y ait des riches, il faut que des pauvres travaillent pour eux. »

 

Et, cette sublime déclaration du grand-père à son petit-fils Cyril :

 

- Tu verras, toi aussi, tu seras triste le jour où tes enfants quitteront le nid familial. On se rassure. On se dit : une page est tournée. C’est la vie. Mais voilà, c’est une affaire dont on ne se console jamais. L’existence n’est faite que de pages qui se tournent. Et à la longue, tout s’efface. Les souvenirs. Les plaisirs des jours. Les rêves, aussi.

(…) La vérité, c’est ce qui donne du courage. Et le mensonge n’est qu’une fuite. 

 

                                             Tisserands de Compostelle

 

PHOTOS 2009 Compostelle Mosser 002.jpg blogIl y a deux décennies, au temps où un certain « confort » n’était pas encore de mise aux étapes et dans l’infrastructure routière, j’ai personnellement pérégriné sur le Chemin de Compostelle durant quelque 2.000 kilomètres pédestres, du Puy-en-Velay à la Galice, avec, par la suite, quelques incursions sur le Chemin d’Arles, principalement en milieu cathare, et sur celui de Vézelay, cité chère à l’auteur bourguignon Henri Vincenot.

 

Tradition  et repère sociétal

 

Ma démarche se voulait culturelle, spiritualiste et sportive et je retiens de ce moment privilégié de mon existence la devise bien connue de tout jacquet (pèlerin de Compostelle) : « Mourir pour renaître à un nouvel Homme ».

A l’heure actuelle, c’est par dizaines de milliers que des gens parcourent ce chemin  initiatique vers la Galice et je m’en réjouis : la Tradition se poursuit à travers le temps et l’espace, malgré les aléas d’une société qui semble avoir perdu quelques-uns de ses repères fondamentaux.

Dans tout ce contexte, le « Camino »  reste un repère et c’est tant mieux. Marque ou empreinte religieuse pour la majorité, démarche spiritualiste, ésotérique, historique, touristique, sportive… pour certains, peu importe, on revient toujours « autre » de Compostelle.

Yvette et Eric, couple de sexagénaires bruxellois, viennent d’entreprendre leurs premiers pas de pèlerins en territoire espagnol et ils ont parfaitement résumé ceux-ci :

 

« Ne marche pas devant moi, je ne saurais pas te suivre…

Ne marche pas derrière moi, je ne saurais être ton guide.

Marche à mes côtés et je serai ton ami… »

 

Ils sont entrés dans l’immense famille des jacquaires (autre nom donné au pèlerin de Compostelle) et ce « label » personne ne pourra jamais le leur (re)prendre et il restera à tout jamais gravé dans leur mémoire.

 

Réconciliation et émotion

 

Marcher, courir, rouler (à vélo)…, tous, jeunes, femmes, âgés, hommes, toutes classes et nationalités confondues, forment ce long ruban aux desseins personnels, communs, intimes, généraux…La magie du « Camino » réunit tous ces gens et c’est bien ainsi.

Gilbert et Marie-Odile, des Alsaciens en couple depuis 1979, ont entrepris leur premier  « Compostelle » en 1987  pour trois raisons : essayer de soulager un parent atteint de mucoviscidose et intercéder pour sa guérison, donner naissance à un troisième enfant, après le décès de leur bébé à peine âgé de deux mois, et, enfin, quel programme !, « le désir vital de briser le verrou du quotidien ».

En une cinquantaine d’étapes, ils ont parcouru plus de 1.600 kilomètres et en est sorti un très bel ouvrage « Mon cœur est une étoile » ou « Lettres sur le Chemin de Compostelle ».

Mais, quand on a « goûté » à Compostelle, il est très difficile d’oublier et de s’en défaire. Alors, d’aucuns reprennent leur bâton de pèlerin et, certains, la plume.

Dans « Tisserands de Compostelle » ou « En famille sur la Voie de Tours », Gilbert Mosser explique ce retour sur ces tronçons historiques qui mènent jusqu’aux Pyrénées, endroit d’où démarre le véritable « Camino » (à peu près 800 km jusqu’en Galice).

Ces itinéraires compostellans partent d’Aix-la-Chapelle, des Pays-Bas, d’Angleterre, des pays nordiques, de Bruxelles, de Vézelay, de Paris, de Tours, d’Arles, du Puy-en-Velay, parcourent la « Voie littorale », viennent de Suisse…

 

Alors,  à travers l’écrit de Gilbert Mosser, par ailleurs journaliste au quotidien « L’Alsace », c’est toute la puissance sacrée du Chemin qui resurgit. Sacrée dans le sens où ce terme signifie aussi ce qui élève l’Esprit au-dessus de la matière.

Cette écriture en forme de journal de campagne, d’aventure, où, par ci par là, pointe une confidence :

« La vie, je t’aime ! L’émotion m’étreint. Me bouscule. Je me sens une envie de hurler, de crier, d’éructer… de murmurer le plus doux, le plus tendre. Et ce n’est que le début !

Tant de fois nous avons accueilli, tant de fois nous avons été reçus. Tant de fois nous nous sommes disputés. Inlassablement nous nous sommes complus dans la Réconciliation !

Secoués, remués par des sentiments d’une rare force, nous nous envolons vers notre sanctuaire intérieur ! Quand comprendrons-nous que nous ne cessons pas de nous aimer parce que nous nous engueulons ? »

 

« Tisserands de Compostelle » par Gilbert Mosser avec une préface d’Odette Pactat-Didier, est disponible chez l’auteur 1 rue de la Chaîne – 67140 Andlau (France) au prix de 15 euros plus éventuellement les frais d’envoi de 3 euros. 

                                                     

 La « nounou » chez les gros bourgeois

 

41E5MBC12AL__SL500_AA240_Je le dis franchement : la grosse bourgeoisie du XIXe siècle avec ses histoires d’immenses fortunes, de convenances hypocrites, de bondieuseries, de paternalisme intéressé et de faux humanisme, m’ennuie profondément.

Néanmoins, pour mieux connaître ce milieu, je vous conseille la lecture de « Nounou » de Michel Jeury (Pocket) qui raconte le séjour de Céline, jeune mère du Morvan qui va à Paris pour survivre en allaitant un bébé de la bourgeoisie tout en laissant son propre enfant au pays. Un enfant qui, d’ailleurs, faute de soins va mourir.

Céline est jolie,  un peu naïve, et, bien entendu, certains en profitent…

Tel le médecin, ami de la famille bourgeoise : « Je fais profession de palper des mamelles. J’ai la main plus douce qu’une sœur de charité et je ne pince jamais les tétins… »

Réaction de Céline : « Le docteur lorgnait ma poitrine, comme un trésor qu’il eût conquis, et je commençais à croire que c’en était un ! »

Plus tard, elle sera un peu moins naïve et constatera : « Je n’étais qu’une marchandise dont les riches disposaient à leur fantaisie… »

D’autres profiteront de la jeune femme, l’irascible « Madame », la patronne, qui l’humiliera, un membre de cette famille fortunée (qui participa avec Eiffel, à la construction de la célèbre tour) qui lui fera un enfant en « catimini », etc.

« Un roman réaliste », a-t-il été écrit. Triste réalité…

 

                                      Journal d’un instituteur de campagne

 

9782266156400Dans « Journal d’un instituteur de campagne » d’Yvon Collin (Editions Pocket), il s’agit du carnet de bord d’un instituteur dans les années 50-60, au temps où la Guerre d’Algérie fit des centaines de milliers de victimes.

L’auteur, suite à un accident, ne rejoindra pas le djebel mais un bourg de Champagne où il fut bombardé instituteur.

Voici, en quelques tableaux, c’est le cas de le dire, plusieurs facettes de ce parcours.

 

. L’armée : « Marqué au fer par huit années d’embrigadement, imprégné jusqu’à l’inconscience d’une unique culture militaire, j’ignore qu’il existe une alternative au devoir imbécile. J’ignore aussi ce que libre arbitre veut dire.»

 

. L’Eglise : « Si plusieurs familles, sans les hommes, viennent à la messe, c’est plus pour le plaisir de s’endimancher que pour prier. (…) La femme du paysan pratique pour le couple par délégation et semble ainsi seule digne de foi. A moins que cette courte escapade dominicale ne lui serve de prétexte pour retrouver, l’espace d’une messe, sa féminité sacrifiée quotidiennement à la basse-cour et à l’écurie.»

 

. L’enseignement technique : « L’idée me vint en rêvassant sur le passé, en me souvenant de camarades montrés du doigt parce qu’ils éprouvaient des difficultés à suivre l’enseignement général. Répudiés, ils durent se rabattre sur le technique où ils exprimèrent d’autres qualités et se fabriquèrent une belle place au soleil. »

 

. Au quotidien… : « Le bistrot n’est-il pas le confessionnal des oubliés de la foi ? (…) Les haut-le-cœur des touristes parisiens eurent gain de cause et le fumier, fierté du paysan, signe extérieur de sa richesse (son cheptel), passa de devant, côté cour, au côté jardin. »

 

. En famille… : « J’ai quitté ma femme qui m’indisposait mais je n’ai jamais pu me séparer de mon paquet de gauloises qui me fait tousser. Avouez que c’est con ! »

 

. Les anciens… : «  Peu importe de ne plus voir, ne plus bien entendre, ne plus tout comprendre, ne plus rien avoir à dire, pourvu qu’une main chaleureuse se pose sur leur épaule. (…) Mieux vaut vieillir sénile que lucide, on meurt plus tranquillement. »

 

Et le rôle d’instituteur de l’auteur ?

 

- Mon successeur appréciera la simplicité de ce village agreste, la richesse de sa vie bucolique, sans fard, et y prendra racine. Alors, enfin, les enfants épanouis et ambitieux retrouveront chaque année leur maître dans leur chère école…

Ce vœu resta pieux. Peu de temps après moi, l’école ferma ses portes. Morte et enterrée pour l’inspecteur primaire (un fonctionnaire imbu de sa petite personne et jouant au chef : le type de personnage le plus dangereux et malfaisant !) dont on crut entendre jusqu’au village le ricanement maladif et jubilatoire, mais vivante, ô combien et pour longtemps, dans bien des souvenirs.

  

                                                             

                                                                         Le Grillon vert

 

513SCPXH0WL__SL500_AA240_Jean Anglade fait partie du peloton de tête des écrivains de terroir et ce n’est pas la lecture du « Grillon vert » qui me détournera de cette affirmation… compte tenu, bien sûr, que les goûts et les couleurs ne se discutent pas !

La quasi-totalité de ce roman se déroule à Clermont-Ferrand, plus spécifiquement dans le quartier populaire de Fontgiève et dans son bistrot-restaurant-hôtel « Le Grillon vert ».

Tant les tenanciers que les clients de cette période de l’entre-deux-guerres y sont décrits de manière touchante.

Clermont-Ferrand, c’est « l’esprit Michelin », affirme l’auteur.

Gageons qu’en cette année 2009, alors que l’on évoque des « licenciements déguisés », les ouvriers et employés de chez Bibendum  (re)liront avec attention ces passages : « Mettre la crevaison et sa réparation à la portée de tous les imbéciles ! » (Edouard Michelin) et, au sujet dudit esprit Michelin : « Maigres salaires, exactitude dans la besogne, ordre, sobriété, morale, religion. Patrons pointilleux, exigeants, inquisiteurs. Crayons usés jusqu’au dernier centimètre. »

 

Jean Anglade explique qu’un royaliste décida de coller les timbres de la « Semeuse » républicaine à l’envers : « C’est ma manière de la renverser ! »

Et, qu’en est-il de la guerre française au Maroc ? « Les soldats du contingent furent envoyés contre les rebelles pour les forcer à être heureux. »

Et, qu’en est-il de l’Eglise ? « Le pape Urbain II, celui qui tend le bras vers l’Orient, place de la Victoire, c’est celui qui a lancé les croisades, où des milliers d’hommes se sont entre-tués. »

Et, qu’en est-il d’un asile pour aliénés ? « Un de ces refuges, comme dit Montesquieu, inventés par les Français afin d’y enfermer quelques fous pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas. »

Et l’école ? Paroles d’un principal : « Sachez, jeunes gens, qu’à l’extérieur de ces murs fonctionne tant bien que mal la République. C’est-à-dire la démocratie. Mais, à l’intérieur du collège, c’est la dictature. Et je suis le dictateur. Toutefois, je délègue une partie de mes pouvoirs aux professeurs et aux surveillants qui vous commandent. A eux comme à moi, vous devez obéir sans plus de résistance que des cadavres. »

Le ton est-il forcé ?  Certaines ressemblances avec des situations contemporaines semblent réelles, non ?

 

La Cour aux Paons

  

51CRE456BPL__SL500_AA240_Généralement, les romans dits de terroir se déroulent dans des régions assez enchanteresses, voire paradisiaques : Vaucluse, Périgord, Dordogne, Provence, Alsace…, rarement dans le Nord pluvieux et brumeux.

Néanmoins, en lisant la C4 (quatrième de couverture dans le jargon littéraire), je fus attiré par « La Cour aux Paons »,  un roman de Françoise Bourdon (Pocket) où il est question d’une certaine Flore, l’héritière de la ferme « La Cour aux Paons » située dans le Boulonnais, cet « étrange pays, rural et maritime, ni picard ni flamand, où des fabriques s’enclavent dans d’immenses terres d’élevage ».

Flore aime les chevaux, elle leur murmure des amabilités. Flore n’est pas très jolie et elle attend le moment venu de choisir « son » homme.

Non loin de là, Esther, très belle femme, tient en famille un estaminet.

Entre elles, Justin, homme rude, coureur de jupons notoire…

Je n’en dis pas plus, car ce serait trop dévoiler la trame de ce roman catalogué de « sensible et généreux »  par la Presse.

J’ai néanmoins hésité à classer cet ouvrage dans la catégorie « Terroir », me demandant si celle consacrée à l’Histoire n’aurait pas été plus appropriée, tant les derniers chapitres relatant la boucherie de 14-18, celle où les gradés, bien planqués, envoyèrent à la mort des centaines de milliers d’hommes, ne prenaient pas le pas sur l’aspect des us et coutumes régionaux.

A chacun, bien entendu, d’en juger, mais une chose est certaine : ce livre ne laisse pas indifférent !

 

L’ « autre » Signol

 

51GF7AJHEWL__SL500_AA240_Je crois bien avoir lu tous les Signol, et, croyez-moi, ça fait un paquet de pages ! Outre le style d’écriture, simple – ce n’est pas péjoratif - mais pas du tout simpliste,  j’apprécie particulièrement l’ambiance du roman dit de terroir.

Néanmoins, avec « L’enfant des Terres blondes » (Pocket N°4365), Christian Signol ajoute, selon moi, une dimension qui m’était inconnue jusqu’ici : un suspense en forme de thriller.

On retrouve, donc, tous les ingrédients d’un roman de terroir avec une famille ancrée dans un village et une saga qui en découle, mais, dans le présent ouvrage, il y a un certain Vincent, petit bout de 10 ans, né d’un père qu’il recherche avidement,  d’une mère dont l’état mental très perturbé et la fragilité font voyager dans un « autre » monde, semble-t-il.

Il y a, encore, un très gros secret que l’on va découvrir dans les dernières pages du roman, et que je ne vous livre donc pas.

Pendant près de 200 pages, Christian Signol nous le fait frôler, on le devine, puis, non !, ce n’est pas celui-là, l’auteur revient à la charge avec un autre indice et…

Et, c’est touchant et grave, réconfortant et très moral.

 

Faire briller le soleil à minuit

  

9782266134798Tiens ! Revoici du roman de terroir. Du bon, du crédible, du nostalgique.

 « Lumière à Cornemule » de Gilbert Bordes (Editions Pocket), c’est une histoire qui se déroule au tout début du XXe siècle dans un village de Corrèze. Une histoire de rivalité politique pour les élections municipales qui tourne autour de l’arrivée de « lélectricité », oui, la fée électricité, et qui fait dire à un candidat à la mairie : « Je vais être celui qui fait briller le soleil à minuit », alors que son rival est, bien sûr, totalement contre cette invention qui rend les animaux fous et les hommes impuissants !

Alors, imaginez l’ambiance à Cornemule en 1903 quand Germaine Bonnemin, la mercière veuve, oui, celle dont le mari, ardoisier, est mort de crise cardiaque dans les bras d’une jeune blonde dans une chambre d’hôtel de Tulle et qui, ô scandale, assista même à l’enterrement, bref, quand la veuve décida, le soir, de se placer derrière sa fenêtre à l’affût d’un autre scandale.

« Elle savait que sa patience finirait par payer. Au bout de quelques jours, ce singulier divertissement était devenu une véritable obsession. Elle ne vivait que pour ces heures passées dans le noir à surveiller la rue éclairée. Dès que la nuit tombait, que les « fioles » déversaient leur puissante lumière, elle collait son nez à la vitre et, le cœur battant, attendait.

Elle n’en dormait plus assez et son habileté aux petits travaux de couture s’en ressentait. La fatigue enrouait sa voix qui n’avait plus ses intonations habituelles.

A une cliente qui lui en faisait la remarque, Germaine précisa :

- Leur lumière électrique m’empêche de dormir ! »

Et, même si « une élection ne se gagne pas avec de grandes réalisations et des idées généreuses, la politique préférant la médisance, les promesses irréalisables, la tricherie… », il est inutile de préciser, je pense, que l’électricité remplaça définitivement les chandelles et les bougies à Cornemule.

 

Ils rêvaient des dimanches

 

resizeLe dernier roman de Christian Signol « Ils rêvaient des dimanches » (Albin Michel) est un petit chef-d’œuvre intimiste qui entraîne le lecteur dans une émouvante évocation de sa famille, plus précisément de son grand-père, Germain, qui a vécu à cheval sur les XIXe et XXe siècles.

Une vie de labeur (boulanger) et de droiture, l’homme ayant connu la boucherie de la Première Guerre mondiale (la der-des-der !), thème récurrent chez l’auteur.

Germain y laissa une grosse partie de sa jeunesse et de sa santé (un bras partiellement paralysé, des poumons attaqués par les gaz toxiques…) et refusa médaille, pension et honneurs au titre qu’il avait fait son devoir.

Ceci ne l’empêcha donc pas, à force de courage et d’abnégation, de se mettre à la tâche au pétrin tous les jours à 3 heures du matin, de construire deux maisons de ses mains, de participer, avec son épouse, à l’éducation de leurs enfants, de se pencher avec amour sur leurs petits-enfants et, malgré lui, de voir son village du Quercy être « déserté » par les jeunes, l’agriculture gérée par des bureaucrates…

Ces gens, nos aïeux, rêvaient aux dimanches afin de prendre un peu de repos bien mérité :

« Il était important de vivre le moment présent, c’est-à-dire l’essentiel : la vie de tous les jours dans sa plus simple expression, le bonheur simple et fragile du pain savouré dans l’ombre de l’été, d’une complicité muette et d’autant plus précieuse. »

Tout est dit.

 

« La sève et la cendre » : « Salaud, crevure ! »

  

9782266097574« Salaud, crevure ! Ah, s’il était monté à l’assaut devant moi, à dix mètres, je l’aurais pas loupé. » Il appuya sur la détente d’un fusil imaginaire. Ses yeux brillaient. »

Lui, c’est un gars de la Haute-Lande, dans les années vingt du siècle dernier.

Il vient de revenir de la boucherie intitulée « La Grande Guerre » ». Il est cassé, défiguré, violent.

Il travaillait la sève et la résine, à présent il se traîne parmi les forêts appartenant aux nantis qui, en plus, livrent leurs travailleurs à des labeurs de plus en plus rares et sont de plus en plus exigeants.

La colère gronde, le syndicalisme pointe le bout de ses légitimes revendications : pécuniaires, sociales, humaines.

Deux Landaises vont entrer dans cette infernale tension. Maylis, jeune héritière de pinèdes et Madeleine, une paysanne assoiffée de justice et de savoir, épouse de celui qui a survécu à la boucherie de 14-18.

Tout sépare les femmes. Le combat s’engage et, quelque part, elles vont se « trouver ». Dans tous les sens du terme.

Ce roman « La sève et la cendre » d’Alain Dubos (Pocket) est fort de 500 pages qui vous prennent aux tripes de manière graduelle, vous poussent à la révolte, à la compassion, à l’engagement militant.

Chaque chapitre recèle un pan de la personnalité de ces deux femmes, attachantes, irritantes, belles, révoltantes, tellement vraies, que je me suis mis à envier l’auteur d’avoir eu le talent de nous brosser cette situation sociétale qui, de nos jours et sous des aspects différents, est encore d’actualité.

A lire. Sans la moindre hésitation.

 

La mort, cette belle couillonnade !

  

51QWFM0SF8L__SL500_AA240_C’est dans « La nuit des hulottes » de Gilbert Bordes (Editions Pocket), que j’ai lu cette citation dont j’ai fait le titre du présent article.

Ecrivain de terroir, Gilbert Bordes y lance un vibrant plaidoyer contre le placement des personnes âgées dans des homes – des mouroirs -, quand bien même Cyprien, ancien menuisier handicapé par une angine de poitrine, a le caractère difficile, voire franchement détestable à certains moments.

« Les jeunes ont fui vers les villes et les vieux restent dans des hameaux déserts. Alors, on a construit de vastes maisons au fond des campagnes où on les rassemble au soir de leur vie… (…) Et puis, Cyprien ne s’entend pas avec le mari de sa fille ; le mieux pour tous, c’est la maison de retraite ! »

Néanmoins, Cyprien veut rester dans son atelier, avec son bois et ses machines. « Tant pis si une nouvelle crise l’emporte ! C’est là qu’il veut mourir, puisque c’est là qu’il a vécu. »

Au curé, il lance :

« L’enfer, c’est pas chez le diable. Le diable, ça serait un pas trop mauvais bougre. Il promet rien, lui ! L’enfer, c’est ici, sur la terre de votre bon Dieu, quand on est vieux et seul comme moi ! »

Pauvre vieillard qui, à présent, a honte de son métier, qui n’ose plus dire aux autres qu’il est vivant, mais qui, grâce à sa petite-fille Caro, son rayon de soleil, va retrouver le sourire… et un regain de santé !

Merveilleuse complicité entre le vieil homme et la jeune fille, merveilleux livre !

Pour l’amour de la terre…

 

51WX7TCYQDL__SL500_AA240_Claude Michelet reste gravé dans ma mémoire avec sa formidable épopée (quatre volumes) de la famille Vialhe et, par ci par là, dans d’autres de ses œuvres, des touches la rappelant de manière subtile.

Une famille Vialhe éprise de la terre avec une ferveur que j’ai retrouvée à des degrés divers dans trois autres livres de cet auteur de terroir qui, à l’âge de 14 ans, alors que son père était ministre des Armées dans le gouvernement du général de Gaulle, a choisi le métier d’agriculteur.

En 1965, il écrivit son premier roman : « La terre qui demeure », un sujet qui, aujourd’hui encore, fait sa réputation.

Dans « Rocheflame » (Editions Pocket, 2241), on trouve ce mélange : Michel est devenu agriculteur après une courte expérience négative de gratte-papier à la ville et s’est aussi mis à l’écriture d’un roman dont l’histoire est celle du combat d’hommes pour préserver « leur » terre, plus particulièrement celui d’un certain Jehan, copie quasi conforme de… Michel.

 

De crise en crise

 

L’amour des êtres et des choses est souvent le fil conducteur dans ce type d’ouvrage, mais, souvent, on y trouve des drames humains du quotidien de Monsieur et Madame Tout-le-Monde.

Le couple de Michel est menacé par la routine, la crise qui pointe son nez dans cette deuxième moitié de XXe siècle en est autant la cause que le lourd labeur de la terre qui use les organismes et le moral :

- Bonjour, il fait beau.

- J’ai faim.

- Tu m’aimes ?

- Je suis fatigué.

- Et moi donc !

- On va dormir ?

- Si tu veux.

- On fait l’amour ?

- Si tu y tiens.

- Bonsoir.

Les menthes sauvages         

 

51P3NHJDY9L__SL500_AA240_Christian Signol est un auteur catalogué, avec un certain mépris,  de « populaire » par ceux qui font la fine bouche dès qu’il s’agit de roman dit de terroir.

Pourtant, cet écrivain prolifique a vendu des centaines de milliers d’ouvrages et continue à faire le bonheur de nombreux lecteurs depuis 1984, date de son premier roman.

Les Editions Pocket sont d’ailleurs conscientes de l’impact de pareille littérature puisqu’elles accueillent une impressionnante série d’auteurs de ce genre : Jean Anglade, Gilbert Bordes, Françoise Bourdon, Jean-Michel Thibaux… et que, visiblement, le succès de cette collection n’est pas démenti.

Je viens, donc, de terminer la lecture de mon 9e ou 10e « Signol » (il m’en reste en attente...), « Les menthes sauvages », suite de l’histoire de la famille Fabre qui habite un village du Quercy décrite dans « Les cailloux bleus », surtout la période de la Première Guerre mondiale.

Voici quelques repères pour vous donner envie de (re)lire ces « Menthes sauvages » (n°2772 chez Pocket, 473 pages) :

. 1936 : « C’est par la politique que le malheur entre dans une famille ».

. 1938 : « Quand on ne pétrit plus, qu’on ne cuit plus le pain que l’on mange, c’est que l’on a honte de son blé. »

. 1939 : « Il n’y a sans doute rien de pire au monde que la soumission, à quelque tyran que ce fût. (…) Hitler a trop d’ennemis, il fera sans doute marche arrière avant la fin de l’année. »

. 1940 : puis, ce furent quatre interminables années d’apocalypse jusqu’au Débarquement du 6 juin 1944 en Normandie.

. 1946 : « Moins d’un an après la victoire, les partis politiques ont repris leurs intrigues d’avant la guerre… »

 

Les enfants du village qui ont survécu veulent moderniser les fermes. Les parents, généralement de modeste condition financière, ne veulent pas emprunter : « Quelle honte ! ».

Un fils lance : « Vous voulez empêcher vos enfants de vivre mieux ! »

Dure, très dure, parole pour des parents qui, souvent, ont combattu lors des deux guerres, parfois au prix de souffrances physiques et morales immenses.

L’heure de la déchirure au sein de familles a-t-elle sonné ?

La mère réplique au fils : Tu peux tout me dire, mon petit, mais pas ça. Toute ma vie je me suis battue pour vous, et je continue. »

Une mère qui était tombée entre les mains et engins de torture de la sinistre Gestapo…

Cette nouvelle saga de Christian Signol raconte, aussi, la lente disparition de la vie villageoise traditionnelle et, surtout, celle de l’agriculture d’antan. Sans pesticides ni OGM…